Nabila, « Allo…! il n’y a plus d’abonné… »

Si certains écrivains, connaissent le problème de la page blanche, l’actualité relayée par les médias me permet de ne pas avoir ce complexe. Pas que je me prenne pour un écrivain, mais je n’ai que l’embarras du choix  en ce qui concerne les sujet à traiter. Aujourd’hui pour moi il se nomme Nabila. Bien sûr je vous entends  d’ici : il y a tant de chose plus importantes que le « l’épiphénomène » qu’est la nouvelle égérie de la télé-réalité :

Le soulèvement en Tunisie, digne suite du printemps arabe. Les combats qui n’en finissent pas en Syrie. La montée en puissance des « Frère Musulmans » pour s’approprier les révolutions légitimes qui ont renversées des dictateurs et qui semble-t-il ne sont pas encore prêts à en laisser d’autres prendre cette place. Chez nous l’installation d’une sociale démocratie à la Gerhard Schröder, par celui-là même qui promettait « le changement » n’est pas loin de faire descendre dans la rue de plus en plus de déçus. Le réchauffement climatique avec ces conséquences et ces enjeux. La colère  des populations fasse au chômage, à la misère à travers des mouvements comme les indignés.  Ces quelques exemples non exhaustifs, Vous donnent absolument raison! Et à moi également!

Je ne tirerai pas sur l’ambulance. Qui sommes-nous pour porter un jugement de valeur sur la personne. Pour ma part je ne m’en ressens pas le droit. Mais une personne ne se mesure pas seulement à ce qu’elle est. Mais aussi à ses actes. Et là je m’insurge. J’ai envie de dire  » Allo, t’as pas de cerveau !  » Je sais, c’est facile. Mais c’était trop tentant.
Nabila n’est rien d’autre qu’un produit. Et je veux croire (j’en suis même persuadé !), qu’elle n’a pas conscience de la manipulation dont elle est l’objet. Tout est fait pour qu’elle pense (elle pense ?) avoir encore son libre arbitre. Mais le jeu a été faussé dès le départ. Qu’est ce qui peut amener quelqu’un à participer à une émission de télé-réalité. Quel public suit avidement ces programmes. Pour qui sont-ils été créés. Le moins qu’on puisse dire, est que les participants ne brillent pas par leur culture. Et cette évidence pourrait se comparer au problème de l’œuf et de la poule, si on se bornait à le regarder d’une façon naïve. La vérité st plus affligeante. Depuis plusieurs années la culture, ce qui permet à tout un chacun de se définir, de raisonner et surtout de s’émanciper, tout ce savoir n’est plus dispenser uniquement par l’école. Le petit écran est un vecteur puissant dans ce domaine. Au point qu’il ne se borne plus depuis longtemps à cette simple, mais essentielle fonction. Il éduque, il formate les esprits. Et depuis le plus jeune âge. Le message véhiculer est simple. « Le bonheur c’est de consommer ».  Mais attention pas n’importe quoi et pas n’importe comment. Aussi des émissions les plus futiles aux programmes les plus sérieux comme les « JT », on nous apprend à « avoir besoin », à « désirer ». On nous culpabilise de ne pas posséder. Mais tout en restant à notre place, sinon attention à la récession, au non-emploi, au surendettement. Ce système ne fabrique que deux type de personnes. Ceux que j’appelle des « Kleenex ». Qui connaitront un type de gloire éphémère peu enviable et dont ils se relèveront avec plus ou moins de difficulté. Et les opportunistes. Ceux qui profiteront des premières. Les deux le feront avec plus ou moins de conscience dans l’intérêt des instigateurs: les patrons et les actionnaires de ces médias. Et pour un public dont le temps de cerveau disponible permettra toujours plus d’écran publicitaire, et donc toujours davantage de formatage.

Plantons le décor.

Dans le rôle du diffuseur: NRJ12. S.A.R.L (oui Sarl!) répondant au cde NAF: 6020A, soit: Edition de chaînes généralistes. Rien que là on pourrait sourire si ce n’était pas si dramatique. Quand on voit les programmes diffusés et rediffusés sur cette chaine, on a une idée plus précise de ce que veut dire le terme « généraliste » pour eux. A leur décharge, ils ne font pas pire que TF1, M6 etc…

En chef d’orchestre : Thibault Vales, associé de Jérémy Michalak et Zuméo sur la boîte de production La Grosse Equipe. La société produit les anges de la télé réalité et également Hollywood Girls. Voilà d’ailleurs ce qu’en disait le producteur lui-même récemment: « Ce n’est pas du grand art, on en est conscient. Mais on n’est pas là pour avoir un César. »

En jeune première (Ne comptez pas sur moi pour employer le terme de « star! ») Nabilla Benattia, Aujourd’hui sujet de toutes les attentions de ce petit monde, elle a veillé à s’entourer de professionnels. Thibault Valès, devenu, en parallèle, son agent et une attachée de presse, responsable de son agenda… et de son image. La preuve avec son agence Marcel (groupe Publicis), la marque Oasis (Orangina Schweppes) est l’une des premières se servir de la phrase de la bimbo genevoise.  Auteur de la réplique désormais culte « Allô, non, mais allô quoi ! T’es une fille, t’as pas de shampoing, c’est comme si je te dis, t’es une fille, t’as pas de cheveux ». Elle la transforme en : « T’es un fruit et t’as pas de pépins ? ! Non, mais à l’eau quoi ! » Mais deux jours après les offensives d’Oasis et d’Ikea, Nabilla dépose sa petite phrase auprès de l’Institut national de la propriété industrielle (Inpi). Ikea, Dia, Oasis et Sarenza sont contraints de retirer leurs parodies.

Les Echos relayaient cette information : « De l’aveu même de son agent,  » Le portrait de « Libération » paru le 14 mai a été « checké » avec rigueur, y compris la vraie/fausse bourde de Nabilla ( » C’est toujours mieux d’avoir une personnalité que d’être platonique « ) relue et validée par l’équipe de com. Des plans média très pro (« Le Parisien », « Elle », « Libération et « Le Grand Journal » de Canal+*). Des discussions ouvertes avec La Française des Jeux, Carrefour, L’Oréal et Ikea. Moralité, les espèces sonnantes et trébuchantes commencent à tomber : aux alentours de 50.000 à 60.000 euros pour sa participation à une opération de communication virale sur le web. Et des chèques à six chiffres lorsqu’il s’agit de campagnes publicitaires télévisuelles.

Je ne reprendrai pas les innombrables démonstrations de l’inculture, orchestrée ou pas, de la demoiselle. Après tout il serait injuste de ne mettre que la sienne en avant. Ses co-équipiers de l’émission, au même titre que les « Chti’s » et consorts n’ont rien à lui envier. Et d’autres blogs, tweets, articles les reprennent mieux que moi. Mais quand une jeune femme, botoxée et siliconée, perchée sur 15 centimètres de talons, vient déclarer « Je représente la jeunesse d’aujourd’hui! » je fulmine. Non la jeunesse d’aujourd’hui est toute autre. Elle se mobilise, elle étudie, elle revendique. Elle s’inquiète pour son avenir en tant que groupe, pas en tant qu’individu. Elle fait du bénévolat. Et s’il fallait s’en persuader, la diminution des inscriptions dans les écoles de commerce, au profit des parcours d’ingénieurs, montrent que l’argent comme moteur de réussite est en passe de ne concerner qu’une minorité.

Je reste optimiste. Et bientôt, quand Nabila décrochera son téléphone pour dire « Allo… » Elle entendra : « Il n’y a plus d’abonné au numéro que vous avez demandé »

 

Mais ça c’est une autre histoire.

*http://www.last-video.com/nabilla-dans-le-grand-journal-le-replay-canal