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Les cons se font Hara-Kiri avec Charlie-Hebdo

Dessin du NewYorker en hommage à Charlie Hebdo

Ce triste 7 janvier 2015, restera à jamais pour notre pays le jour où on a frappé la démocratie. J’écris à dessin « frapper » car je me refuse obstinément de croire, de penser d’évoquer même un assassinat. Je pense bien entendu au symbole que représente l’hebdomadaire visé. Car pour les femmes et les hommes tués dans cet attentat, le mot d’assassinat est presque trop faible. Quant à l’utilisation du mot démocratie, il prend davantage de sens pour rendre hommage au combat de toute l’équipe de Charlie hebdo, ainsi qu’à leurs collaborateurs.

Évoquer ce que représente pour ma génération un journal comme Charlie-Hebdo il faut remonter aux années 60.
En effet, Hara-Kiri fut créé en 1960 à l’initiative de François Cavanna et du professeur Choron, entre autres. Son sous-titre « Hara-Kiri, journal bête et méchant » lui est venue d’une lettre irritée, arrivée un jour au courrier des lecteurs, qui disait en substance : « vous êtes bêtes. Et non seulement vous êtes bêtes, mais vous êtes méchants ». Pour certains, cette irrévérence atteindra son paroxysme dans son no 94, daté du lundi 16 novembre 1970. La couverture de l’hebdomadaire titrait : « Bal tragique à Colombey : 1 mort » suite au décès du général de Gaulle dans sa propriété de La Boisserie à Colombey-les-Deux-Églises, le 9 novembre 1970. Le ministre de l’Intérieur de l’époque, Raymond Marcellin, avait alors interdit la parution du journal dès le lendemain.
Comme tout étudiant, et plus encore (je veux le croire) avec une conscience de gauche, je lisais hara-Kiri. Pour avoir porté l’uniforme, j’ai pu expérimenter l’expression «sous le manteau» pour pouvoir continuer à me régaler de l’irrévérence du journal. Jusqu’en 1981, Le journal hara-Kiri, ainsi que, le Canard Enchaîné et Libération, étaient interdits à l’intérieur des casernes… avec menace de 3 jours de « trou » en cas d’introduction dans l’enceinte de la caserne. Mon attachement va au-delà d’une affection culturelle, puisqu’un membre de ma famille aura été dessinateur au canard enchaîné ainsi qu’a L’humanité…
Ce sera donc une semaine après l’interdiction d’Hara-Kiri que sera lancé Charlie-Hebdo. Si le journal connaîtra quelque difficulté surtout au moment de l’arrivée de la gauche en 81, c’est en juillet 1992 que Charlie Hebdo nouvelle mouture est né. Il bénéficia pour son lancement de la prestigieuse notoriété du Charlie Hebdo historique, d’autant plus qu’on y retrouvait les signatures vedettes des années 1970 : Cavanna, Delfeil de Ton, Siné (Maurice Sinet), Gébé (Georges Blondeaux), Willem (Bernhard Willem Holtrop), Wolinski, Cabu (Jean Cabut) et une maquette identique. Seront également présents Charb (Stéphane Charbonnier), Oncle Bernard (Bernard Maris), Renaud, Luz et Tignous (Bernard Verlhac). Il fut présenté et accueilli non comme un nouvel hebdomadaire mais comme la suite, la reparution de l’ancien.

Comment expliquer pourquoi je suis tout à la fois bouleversé, attristé, révolté. Pourquoi aux larmes, oui aux larmes ! Se mêle une colère sourde et incontrôlable. Cette colère n’est pas tournée vers ce qu’on nomme « les extrémistes islamiques ». Tout du moins pas seulement contre eux. Elle est irrépressiblement dirigée contre la bêtise, l’obscurantisme, les rétrogrades, les réactionnaires. Mais voilà, qu’ils défilent contre le mariage pour tous ou en règle générale pour tout ce qui est contre et contre tout ce qui est pour…, ils tuent rarement autre chose que le ridicule.

J’entends depuis longtemps, et encore plus depuis quelques heures, de ne pas céder aux amalgames.
Pourtant amalgame, il y a. Mais pas celui que vous pourriez croire. Je mets dans le même panier les lâches qui ont perpétrer ce crime, et bien d’autre, avec ceux qui depuis des années se taisent, avec ceux qui depuis des années nous désinforment, avec mes contemporains qui préfèrent ne pas s’engager, ne pas voter,

qui préfèrent TF1 à Arte, quoique France Inter représenterait davantage la maison de Charlie-Hebdo. Tout ceux qui acceptent le nivellement de la culture par le bas, et prennent pour argent comptant ce qu’ils entendent à longueur de journée, sans aucun sens critique. Qu’attendre d’une société ou l’élimination de l’autre est élevé en réussite, fusse dans un jeu télévisé.

La violence est presque toujours l’expression des faibles, des incultes, des barbares. Si les causes sont souvent juste, les moyens pour faire les aboutir restent la plus part du temps hors de toute compréhension. Mais cette analyse toute personnelle, serait un peu courte, voir simpliste si je n’évoquais pas en écho, le silence face à la bêtise et à l’horreur.

Arrêtons de nous tromper de cible. Qui se cache derrière ce fondamentalisme politico-religieux ? A qui profite ces crimes ? Qui les finance. Dans quel but ? Avec quelle complicité ?

Les partisans de tous les combats ont toujours affirmé que la perte d’un des leurs ne pouvait qu’engendrer un nouveau combattant. Quelle haute opinion d’eux même peut avoir le terroriste, quelle que soit sa cause, pour croire qu’il serait le seul à pouvoir revendiquer cela. Car c’est bien de ça qu’il s’agit. Des milliers de personnes, toutes plus sincères les unes que les autres, j’en reste persuadé, déclarent être « Charlie » ce soir. Faisons en sorte que cette profession de foi aille au-delà de ce jour. Car vous n’êtes pas seul. Vous n’avez pas à l’être. Réclamez le même engagement de nos élites, qu’elles soient intellectuelles ou politiques. Car lorsque vous confiez votre avenir, votre destin, celui de vos proches, de vos enfants, à quiconque, vous devez être en droit de réclamer des comptes et des sanctions si nécessaire.

Notre idéal de justice, de paix et de tolérance, doit être constamment défendu contre toute sorte d’atteinte. Qu’elle soit armée ou pas. qu’il s’agisse d’un fusil ou d’un compte en suisse.

Ce jour, c’est notre droit d’expression qu’on a voulu censurer. Je pleure la perte de l’équipe de Charlie hebdo, comme si on m’avait amputé d’une partie de moi-même, de mon héritage, de ma culture. Mais l’hommage à ces femmes et ces hommes, à leur combat, ne restera qu’un vœu pieu si tout à chacun, nous ne relevons pas le gant. Que le message de Cabu, de Wolinski, de Charb, ne s’éteigne pas avec eux. Car leur combat allait bien plus loin que le racisme ou l’antisémitisme, que la lutte contre les extrémistes de tout bord, ou les pourris de tout crin. Non! leur combat à eux c’était la connerie en général. La bêtise universelle. Celle qui n’a aucune frontière et tellement de représentants. Pourtant si elle devait n’habiter qu’un pays, ce serait un pays merveilleux. car le pays de la bêtise accepte tous le monde sans distinction de race, de religion, de culture, de couleur ou de sexe. Les cons seraient il moins con que nous ?

Je suis hara-Kiri de la première heure. Je reste Charlie-Hebdo.

Permettez-moi d’emprunter à leur auteur quelque une de leurs citations en guise d’hommage et de conclusion bien plus explicite que ce que je pourrais écrire.

« C’est peut-être un peu pompeux ce que je vais dire, mais je préfère mourir debout que vivre à genoux »
« Je n’ai pas l’impression d’égorger quelqu’un avec un feutre »
Charb, le 19 septembre 2012 dans « Le Monde ».

« En France, la liberté d’expression n’est pas assez utilisée par ceux qui ont les moyens de s’en servir » Charb, le le 8 juin 2012 sur France 3

« La caricature est un témoin de la démocratie »
Tignous, le 4 décembre 2012 lors d’un festival à Berck-sur-Mer (Pas-de-Calais).

« L’humour est un langage que j’ai toujours aimé. Notre ressort est de dénoncer la bêtise en faisant rire »
Cabu, le 15 juin 2012, dans « L’Information agricole »

« Etre scandaleux c’est dire aujourd’hui ce que tout le monde dira dans dix ans »
Wolinski, en mai 1992, dans « La Morale ».