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Le Chômage de HOLLANDE

chômagePour les libéraux voire franchement ultra-conservateur notre assurance chômage est un objet de fixation. En janvier dernier, le rapport de la cour des comptes n’a pas manqué de susciter l’affolement de ces premiers et d’une certaine presse. Cette fois-ci pourtant, la Cour des Comptes ne traitait pas seulement de l’indemnisation des chômeurs. L’étude couvrait, certes l’indemnisation du chômage, mais aussi les dispositifs visant à l’incitation ou à la création d’emplois et la formation professionnelle continue.

L’ensemble des politiques d’emploi coutent 50 milliards d’euros par an. La crise aurait aggravé le marché du travail en France. Seulement, en France? L’évolution du chômage depuis 2008 a été  « plus défavorable que dans plusieurs pays européens » et de souligner deux tendances typiquement nationales. Les employeurs ont préféré la flexibilité externe (i.e. le licenciement) à la flexibilité interne (i.e. la réduction du nombre d’heures travaillées via, par exemple, le chômage partiel): En d’autres termes, les entreprises ne souffrent pas d’un handicap de flexibilité à licencier, elles l’ont fait massivement depuis 2008.

  • Autre constat de la Cour, quasiment occulté, « la dégradation de la situation des salariés les plus précaires ». Ce sont les personnes les plus fragilisées de la population active qui apparaissent comme « les principales victimes de la crise ». En d’autres termes, la France connaît la même précarisation croissante des travailleurs qu’Outre-Rhin. L’emploi temporaire représente 15% des actifs en France, comme en Allemagne (contre 12% en moyenne dans l’OCDE).
  • Cette précarisation des chômeurs se détecte aussi dans les « ruptures » dans l’indemnisation subies par les mêmes chômeurs les plus précaires. Indemnité chômage, RSA ou RMI, ces prestations sont « attribuées selon des paramètres et des logiques différents, alors qu’elles sont susceptibles de concerner les mêmes populations au cours du temps.
  • La formation professionnelle – 31 milliards d’euros par an sur le total de 50 identifié pour l’ensemble des politiques de l’emploi – est trop concentrée sur les « salariés déjà les mieux formés.» Pire, la Cour dénonce: « L’effort de formation des demandeurs d’emploi est particulièrement insuffisant.» (http://www.marianne.net/sarkofrance/Chomage-tout-revoir-mais-pour-qui_a1081.html)

En fait depuis près de 15 ans Les cotisations sont en baisse à cause de ce chômage structurel et entretenu, alors que les aides se multiplient, surtout en direction des entreprises.
Ne nous répète-t-on pas que seules les entreprises fabriquent des emplois! Depuis quand? Une entreprise fabrique des richesses, des biens de consommations, des services. Je vous assure que si elle pouvait le faire sans personnel, elle n’hésitera pas un instant. Sinon pourquoi aller chercher une main d’œuvre toujours moins chère. Même la Chine délocalise en Afrique de l’est, notamment en Ethiopie.
La France a un déficit d’exportation. Nous ne manquons pas de vendeurs. Le boum des écoles de commerce ainsi que le nombre d’étudiant dans ces disciplines (commerce, marketing…) le démontre. Mais à quoi bon s’il n’y a plus assez de pouvoir d’achat pour acquérir ces biens. Voire si on continue, plus de biens à acquérir.
Les PME et TPE se trompent de cible, quand elles chaussent les patins des grandes entreprises. Elles ne sont pas mieux traitées par ces dernière que ne le sont les employés des grands groupe. Moins même dirai-je. Peu de négociation possible. Fin de commande sans préavis, pas d’association aux projets, règlement à 60, 90 ou 120 jours.
Les grandes entreprises françaises pourraient être un facteur formidable de développement des ETI, y compris à l’international où, comme chacun sait, se déroule la vraie compétition pour la création de valeur et la croissance. Les grands groupes allemands appliquent parfaitement ce principe, et appuient fortement leurs succès internationaux sur un tissu de partenaires impliquant directement de nombreuses ETI et PME qui font à la fois leur force et leur capacité d’innovation.
A l’opposé, les grands groupes français sont généralement hermétiques à l’offre des PME nationales et préfèrent travailler avec d’autres grands acteurs. Cela contraint les PME à ne vendre qu’à d’autres PME. La forme de partenariat institué par ces grands groupes s’apparente plus au « presse-citron- et à la stratégie du Kleenex.
En 2012 le MEDEF appelait à baisser l’impôt sur les sociétés (IS), nonobstant le fait que les grandes entreprises françaises ne paient que 8% d’IS en France contre 22% pour les PME. Il voudrait nous faire croire qu’ils appellent de leurs vœux une plus grande stabilité fiscale, ce qu’on ne pourrait que soutenir.

Mais quand ils se disent  prêts à modifier leur code de gouvernance pour intégrer ce que l’on appelle le « say on pay » qui consiste à soumettre les rémunérations des dirigeants à un vote consultatif des actionnaires lors de l’assemblée générale annuelle.
Cela reste un vœu pieux, justement à cause du qualificatif « consultatif ». Alors même que ce système commence à largement se développer aux Etats-Unis ou en Angleterre et qu’un certain nombre de PDG se sont vus refuser augmentations ou bonus. Sans parler du récent référendum suisse sur la rémunération et les parachutes dorés des grands patrons sur le territoire helvète.
Le gouvernement a annoncé au mois de novembre 2012 un plan de compétitivité de 20 Milliards d’€. Pour François Hollande, il s’agit, à n’en pas douter, d’une volte-face. Pendant sa campagne, n’a t il pas toujours refusé d’appréhender la question du déficit de compétitivité, sous l’angle du coût du travail. Six mois plus tard, le couple Hollande-Ayrault choisit d’administrer un choc inédit de 20 milliards d’euros, sous la forme d’un crédit d’impôts indexé sur la masse salariale de toutes les entreprises, pour leur permettre de retrouver des marges.
A court terme, il ne doit pas en attendre grand-chose : pour la droite, ce ne sera jamais assez et, pour la majorité, il y a matière à mauvaises humeurs et divisions. On peut se demander pourquoi ce chèque de 20 milliards aux entreprises n’est soumis à aucune condition et contrepartie. (http://www.liberation.fr/politiques/2012/11/07/competitivite-hollande-vire-de-bord_858643)
Cela rappelle l’épisode des 35 heures. Aucunes contraintes pour les entreprises. Alors pourquoi embaucher quand on peut faire faire le travail en moins de temps par le même nombre de salariés.
De leur mise en place est né un discours selon lequel les Français auraient un rapport malsain au travail. Peu enclins à travailler, ceux-ci auraient tendance à se laisser assister et, lorsqu’ils travaillent, ils seraient surtout occupés à défendre leurs acquis. Ce climat de discrédit jeté sur les salariés français est déconnecté de la réalité : on sait que de nombreuses catégories ne bénéficient pas des 35 heures, et surtout que la productivité horaire en France est une des plus élevées au monde.
Pour preuve s’il en est que La lettre envoyée récemment par Maurice Taylor, le PDG américain de Titan, au ministre du redressement productif, Arnaud Montebourg.
Nombre de recherches mettent en évidence que cette suspicion, cette défiance (qui aggravent ainsi le désespoir des exclus de l’emploi et des naufragés du travail) sont le socle du modèle managérial français.
Loin de miser sur l’intelligence collective pour innover et gagner des parts de marché, le management français a opté pour une attaque en règle de la professionnalisation et de l’engagement de ses salariés, compromettant leur santé physique et psychique, tout autant que notre avenir.
Une simple analyse de l’évolution de nos société, amène un constat simple et dramatique. Nos vies sont programmées, dirigées, par la même doctrine et les mêmes principes, que ce soit dans en dehors ou à l’intérieur de nos vies professionnelles. Le management au travail, découle directement des grands principes marketing mis en place depuis 2 décennies pour que les réflexes conditionnés des travailleurs-consomateurs que nous sommes, les soient par incitation programmée.
On accepte que les produits augmentent, alors que le taux de satisfaction baisse. C’est à dire que nous acceptons qu’on nous imposent marques et produits à la place de ceux que nous voudrions.
1 millions de travailleurs en plus et notre système de protection de la santé est excédentaire
Ces deux exemples semblent n’avoir aucun point commun. l’explication ne saurait tenir en quelques lignes. Pour cela Je ne saurai trop recommander un ouvrage édifiant et qui traite directement de ce sujet.
Auteur de la préface de « Pendant qu’ils comptent les morts » de Marin Ledun et Brigitte Font Le Bret (Editions La Tengo, 2010) où il analyse l’évolution des pratiques managériales et leur impact sur la vie des salariés après la vague de suicides chez France Télécom, Bernard Floris , vient de faire paraître (février 2013) chez le même éditeur, avec Marin Ledun, « La Vie marchandise », manifeste contre la tyrannie du marketing

Mais ça c’est une autre histoire…