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Le bœuf et la grenouille

Dans une de ses fables, monsieur de la Fontaine sous titrait: « La grenouille qui voulait être plus grosse que le bœuf ». En 1798, la pire épidémie de fièvre jaune sévit à New York. Les gens se rendent comptent alors, que c’est en relation avec le problème de l’eau. Différents candidats, ingénieur, en affaires, proposent des solutions. Aaron Burr proposa la ville de résoudre le problème en acheminant l’eau des campagnes environnantes jusqu’à New York et en faisant construire les infrastructures.

Le premier septembre 1799, Burr fondait la Compagnie des eaux de Manhattan. Il n’oublia pas de faire stipuler dans le contrat que la compagnie pouvait faire des bénéfices, et qu’il pouvait en disposer comme bon lui semble. La compagnie des eaux de Manhattan étendra très vite, via la Banque de la Compagnie de Manhattan, ses services d’approvisionnement en eau de la ville de New York au secteur financier.
La Banque de la Compagnie de Manhattan deviendra la Chase Manhattan  Bank, puis la JP Morgan Chase. Bien sûr Aaron Burr n’ira jamais chercher l’eau où il avait promis mais il installera une pompe dans un étang nommé collect pond en amont de Wall Street, où se trouvent aujourd’hui des rues comme Lafayette et Mulberry, se trouvait une zone avec un plan d’eau, qui servait alors de grand dépôt de déchets. Par la suite, des tanneries, brasseries, chemins de fabrication de cordes et des abattoirs ont été construits autour du plan d’eau. Avant leur construction, les eaux étaient propres : rapidement elles se sont détériorées. Pour l’anecdote : tout le monde savait que l’eau était impropre à la consommation. Il y avait un médecin qui quelques années plus tôt écrivaient dans un rapport que cet étang était immonde et dangereux. Puis ce médecin a épousé la fille de Burr. Il a été nommé superintendant de la compagnie des eaux de Manhattan. Et le rapport est devenu : «Pas de problème, nous pouvons voir l’eau de l’étang !».
Aaron Burr sera le premier d’une longue liste de ceux qui firent fortune dans le service d’hygiène et de ramassage des ordures de la ville de New York. Toute l’histoire des grandes villes ces services ont représentés une incroyable manne, que ce soit pour la mafia pour des hommes sans scrupules. Aujourd’hui ces marchés ont été confiés à des multinationales la seule différence est qu’ils ne vous tuent plus.
En France elles ont porté différents noms. A croire que parfois l’ancien trainait un nombre de casserole qu’il valait mieux faire oublier. Elles sont souvent liées au traitement des eaux. Comme l’ancienne Lyonnaise des eaux devenu Suez Environnement. Ou encore la Compagnie générale des eaux qui deviendra tour à tour, Vivendi puis Veolia. Ces compagnie doivent tirer des profits plus qu’intéressants avec les marchés publics (donc nos deniers) car la plus part officie également dans l’énergie, le transport voir l’audio-visuel.
Un simple exemple : C’est une bizarrerie du monde de l’eau. En 2009, Suez Environnement et Veolia Environnement ont fini, par s’accorder sur le décroisement de leurs sociétés communes. En 2002, le Conseil de la concurrence avait considéré que détenir à parts égales les services de distribution ou d’assainissement de villes aussi importantes que Marseille, Lille, Saint-Étienne, Nancy ou Versailles constituait un délit  » d’abus de position dominante collective « .Et ce n’est qu’un aspect de ce que peu engendrer la volonté de remporter de tel contrat.
Certains écologiste ont tôt fait de nous culpabiliser sur l’accroissement de pollution que nous engendrons en tant qu’individu. Je leur accorde bien volontiers que nous pourrions faire preuve de davantage de gestes citoyens. Mais au même titre que l’ensemble des additifs, graisse et autre joyeuseté dont nous gave l’industrie alimentaire, il serait tout à fait possible de réduire considérablement notre impact sur la nature en matière de déchets. Bien entendu, ce serait anti commercial, et anti markéting. Souvenez-vous de cette loi qui devait interdire la vente par lot. Je n’ai pas l’impression qu’elle ait gêné les industriels le moins du monde.
Ces derniers jours, face aux restrictions européennes sur les aides alimentaires, les reportages sur le gaspillage en général, et dans les invendus des grandes surfaces en particulier, se sont multipliés.  Les super et autres hyper marchés se seraient reconvertis en généreux donateurs.

Il est vrai que ces derniers temps, entre la valse des prix, la réduction des quantités pour faire croire aux baisses, l’obligation de verser de l’eau de javel dans les containers d’invendus, et depuis 2002 l’inébranlable assurance qu’on les consommateurs sur l’augmentation des prix dû au passage de l’euro, elle n’avait pas bonne presse. Si on ajoute l’absence de concurrence dû à la loi sur les implantations et la fameuse bataille des marges arrières qui devait permettre une augmentation significative du pouvoir d’achat. Cela fait beaucoup.
Tenez ! D’ailleurs je profite de ma tribune pour faire une petite rectification sur la notion de pouvoir d’achat si cher à notre président et ses ministres, ainsi qu’à la cohorte d’économiste qui viennent à longueur d’antenne nous marteler que le nôtre à augmenter de manière significative.
En économie, le pouvoir d’achat d’un revenu (salaire ou autre) est la capacité d’achat en termes de biens et services que permet ce revenu. Autrement dit si pour 1€ je peux acheter tel biens ou tel service, mon pouvoir d’achat augmente si pour cette même somme j’obtiens davantage. Donc si je travaille plus, j’aurais plus d’euros à dépenser ou à épargner. Certes ! Mais je devrais toujours donner 1€ ou plus pour le bien ou service correspondant. Donc si mes revenus avaient augmentés, mon pouvoir d’achat serait resté le même. Aussi « travailler plus pour gagner plus » (à condition qu’il y ait du travail, qu’on est plus de 25 ans ou moins de 45..ect) augmente les revenus. Mais ne change en rien le pouvoir d’achat.
Face au comportement général de l’industrie, des mouvements se créent. Et il y en a un qui m’a particulièrement interpellé :
Le freeganisme (en anglais freeganism), ou glanage alimentaire, est un mode de vie alternatif dont le but est de limiter sa participation dans le système économique ou la société de consommation.
Cela consiste par exemple à récupérer des aliments encore consommables dans les poubelles des magasins de grande distribution et des restaurants, et plus généralement, à moins consommer en récupérant et réutilisant les déchets quand c’est possible, en abandonnant la voiture (à moins de covoiturage) et en adoptant des modes de transport alternatifs, en se logeant sans propriétaire, se soignant par les plantes, en travaillant moins…
Ce terme est facilement associé à la récupération des déchets parce qu’il pourrait se traduire en français par Déchétarien. C’est un mot-valise formé à partir des termes anglais free (libre/gratuit) et vegan (végétalien). On parle aussi de « glaneur ». http://fr.wikipedia.org/wiki/Freeganisme
Mais c’est un mouvement éminemment  politique, et éthique. Les freegans désirent tourner le dos au système dominant et au gaspillage qu’il implique. Au même titre que le mouvement des indignées ou que les altermondialiste celui-ci est international. Il communique  http://freegan.fr/, se propage, grandit. Pour certaines municipalités, la collecte des déchets est un marché, dont l’attribution peut être signe de réélection ou d’enrichissement. Mais elle ne doit surtout pas permettre aux victimes de la crise de se nourrir. Même s’il ne devait leur rester que cela.

Comme dans la fable de La Fontaine, la grenouille et le bœuf, le toujours plus tue notre planète et asservi une part toujours plus grande de ses habitants. Et ce qui m’effraie n’est pas tant la fin de ce cercle vicieux. Car je reste persuadé qu’il verra sa fin.  C’est davantage la façon dont il mourra, et les moyens qu’utiliseront ceux qui ont tout intérêt à le voir perdurer. Espérons que nos enfants seront plus sages que nous.

Mais ça c’est une autre histoire…