IL FAUT BAISSER LE COÛT… DU CAPITAL Juin30

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IL FAUT BAISSER LE COÛT… DU CAPITAL

chomageIl existe bien un tabou pénalisant tous ceux qui souhaitent investir et créer de l’emploi : le coût prohibitif du capital. Pourtant afin de justifier toutes sortes de réformes, médias et gouvernants se prévalent de leur disposition à bousculer les « archaïsmes » et à faire preuve de courage en ne proposant que de réduire salaires et prestations sociales. Quand il ne s’agit pas de régime beaucoup plus drastiques, comme celui imposé à la Grèce ou à l’Espagne, avec le concours des instances de l’union Européenne, du FMI ou de la banque mondiale.

Cette doctrine assénée à grand coups d’information, de discours, et reprise par l’ensemble des politiques libérales ou socio-libérales a finalement abouti à ramener tous nos maux à des questions de compétitivité et à des problèmes de coût du travail.
Oubliés la crise des supprime, la crise de liquidité bancaire, les gigantesques dépréciations d’actifs, l’effondrement du crédit, la tétanie de la demande, la transformation des dettes privées en dettes publiques, les politiques d’austérité.
Puisqu’on comprend sans doute très bien que nos déséquilibres internes ne peuvent se résoudre par une course fratricide et sans fin entre les pays européens pour gagner en compétitivité les uns contre les autres — le projet qui nous est maintenant offert consiste à tenter de gagner en compétitivité contre le reste du monde. (Pourquoi ne pas ramener le salaire moyen à celui de l’inde ou de la chine?) En ce qui concerne la productivité, la France se situe dans le peloton de tête au niveau mondial. Avec des salariés qui rapportent 54,8 €/heure la France est loin devant la moyenne européenne de 43,9 €/heure…et devant l’Allemagne (53,4€/heure). Loin d’être un « coût », les salariés sont surtout une manne bien profitable…

Mais à aucun moment l’autre aspect que représente le coût du capital n’est évoqué. C’est pourtant une notion fondamentale en finance puisqu’elle sert pour la sélection des investissements. Le capital a certes toujours un coût. C’est l’effort collectif qu’il faut fournir pour fabriquer les biens d’équipement neufs. C’est donc le coût de fabrication du capital productif, auquel s’ajoute, le risque entrepreneurial ou marchand. Mais au-delà de ce coût économique ou coût réel, l’acquisition de capitaux par les entreprises se « charge » ou se « surcharge » d’un coût financier, nécessaires au financement de leurs acquisitions.
Ce coût qui s’ajoute au coût réel du capital est formé concrètement de revenus prélevés sur l’entreprise par  les intérêts et les dividendes et qui n’ont, en dehors du risque entrepreneurial, aucune justification économique. Ils relèvent pour une bonne part d’un phénomène de pure rente. Or, dans l’ère du capitalisme financier, les normes et les institutions de la finance libéralisée n’ont fait que renforcer le pouvoir et l’étendue de la rente, tandis que la doctrine financière dominante s’évertuait à faire passer ce surcoût du capital pour un coût normal, inhérent aux impératifs de financement. Le surcoût du capital, ainsi évalué, a fortement augmenté depuis le tournant des années 80, pour atteindre des niveaux dont on n’a peut-être pas idée : il majore le coût réel du capital de 50 à 70 %.
Cette ponction vient (logiquement) diminuer les revenus perçus par les autres parties prenantes, au premier rang desquels les salariés.

Mais l’effet le plus massif va sans doute bien au-delà de son impact sur la répartition des revenus : il réside dans l’élévation de la norme de rendement financier imposée aux entreprises, laquelle réduit de manière directe les opportunités d’investissement. La norme, depuis des années imposée, aux entreprises est de 15%. Autrement dit les investisseurs, actionnaires, fond d’investissement, banques et autres, participent à l’augmentation du capital des entreprises qu’à la condition que le retour sur cet investissement ou placement soit au minimum de 15 %.

Ce taux est déjà en lui-même prohibitif, surtout en période de crise. Il oblige à réduire les coûts de façon drastique afin que la rentabilité rémunère l’actionnariat toujours à ce taux minimum, au détriment évident de tout progrès, social.
Le coût supporté par les travailleurs et par l’ensemble de la société, n’est pas l’unique dommage.  Mais l’ensemble des projets de développement des entreprises, misant sur l’utilité économique, sociale, écologique des produits, qui n’ont jamais existé du fait qu’ils ne souscrivent pas aux exigences de rendement financier imposé. Le coût social du « surcoût du capital », pour parler court, c’est finalement la non production des richesses qui n’auraient « rapporté » annuellement, en termes financiers, qu’entre 0 et 15 % de profit. Sans cette « imposition », non seulement nous disposerions aujourd’hui de plus d’usines et d’établissements de services, plus performants, mais le chômage serait certainement moindre […]

L’étude* dont j’ai extrait cette analyse, montre qu’au-delà des maux énoncés, le coût du travail en France, n’est même pas un facteur explicatif de notre déficit en commerce extérieur.

Et comme j’aime bien vous livrer une petite réflexion supplémentaire, qu’est-ce qui vous vient à l’esprit si je vous dis: DELAWARE. Bien sûr c’est un des états des USA. Mais ce n’est pas sa seule particularité. Les règles juridiques et fiscales particulières y attirent de nombreuses entreprises. Le petit État du Delaware (870 000 habitants), à peine plus grand que la Haute-Marne, est devenu un géant mondial en tant que terre d’accueil des sociétés. Plus de 40 % des entreprises cotées à la Bourse de New York y sont domiciliées. La fiscalité particulière explique en partie ce phénomène : les profits que les entreprises réalisent de leurs activités en dehors de ses frontières n’y sont pas taxés. En outre, cet État, dont l’actuel vice-président des États-Unis, Joe Biden, était sénateur, ne pratique ni l’impôt local sur le revenu, ni la «sales tax», sorte de TVA qui s’applique à beaucoup d’achats de biens dans les autres États américains. Enfin, les états financiers d’une société enregistrée dans le Delaware n’ont pas besoin d’être physiquement tenus sur le territoire de l’État. Un paradis fiscal et juridique, en quelque sorte. Dire que le dernier G20 était censé être celui de la lutte contre l’évasion fiscale.

Je suis certain que nombre d’entre nous rêvait, tout petit, d’être financier, trader, gérant de fond de pension, de travailler chez Goldman Sachs… non ?

Mais ça c’est une autre histoire

 

* Le coût du capital et son surcoût

Laurent Cordonnier (CLERSÉ, Université Lille 1)
Thomas Dallery (TVES, Université du Littoral)
Vincent Duwicquet (CLERSÉ, Université Lille 1)
Jordan Melmiès (GREDÉG, Université de Nice/Sophia Antipolis)
Franck Vandevelde (CLERSÉ, Université Lille 1)