Fashion victim ne marchez pas dans la mode, ça porte malheur! Jan07

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Fashion victim ne marchez pas dans la mode, ça porte malheur!

Il est vrai qu’on peut lire un peu tout et parfois n’importe quoi, sur Wikipédia. Mais en l’occurrence j’ai trouvé la définition sur les fashion victim plutôt juste : « Une fashion victim (« Victime de la mode » en anglais) ou fashionista (terme anglo-hispanique) est une personne qui, d’après Oscar de la Renta, généralement considéré comme le créateur du terme, « est incapable d’identifier les frontières communément admises des styles. »

Les fashion victimes sont des victimes parce qu’elles sont vulnérables au faddishness (ne vit que suivant les modes) et au matérialisme, les deux excès couramment reconnus de la mode, et sont donc à la merci des préjugés de la société, des intérêts commerciaux de l’industrie de la mode, ou des deux à la fois. « La mode est la méthode la plus irrésistible et la plus efficace de manipuler de grandes collectivités humaines.  » (Konrad Lorenz)
Ce qui me dérange le plus dans tout ça, ce n’est pas tellement l’addiction supposée à ce désir de paraître. Nous avons tous un besoin de reconnaissance et l’image que l’on souhaite transmettre de nous, aussi subjective soit elle, nous aide plus ou moins facilement à traverser la vie.
Je vois d’ici les sourcils qui froncent ! Mais de quoi se mêle-t-il ? Passe encore qu’il nous parle politique, après tout ça nous touche tous plus ou moins. La couleur des bons sentiments, pourquoi pas. Mais venir nous parler de la mode ! Un homme en plus ! Qu’est-ce qu’il y connait?
Eh bien, pour une fois, je vais pouvoir livrer non seulement ma modeste analyse, mais sur un sujet qui aura représenté plus de 20 ans de ma vie. En effet votre serviteur a travaillé dans le prêt à porter féminin. Si on ajoute que mes parents travaillaient également dans cette branche, j’aurais baigné dans la mode pendant presque deux générations. De l’élaboration d’un vêtement, en passant par la coupe, le montage, jusqu’à ce qu’il pende au cintre de votre boutique et enfin sur vous, il n’est pas une étape que je n’ai expérimenté dans le shmatess (mot yiddish (langue, dérivée de l’allemand et l’hébreu, utilisée par les juifs d’Europe de L’est, évoque le métier de tailleur mais aussi la fripe.) oui, « la vérité si je mens ! » je suis tombé dedans quand j’étais petit.
J’ai donc coupé, assemblé, accessoirisé, repassé, vendu, toutes sortes de style. Du classique au plus « tendance » pour les tailles basic, au  pour les plus grandes.
Cette expérience ne m’a pas seulement apporté une certaine compétence professionnelle. Elle m’a aussi permis d’avoir un certain regard sur cette industrie et son évolution depuis près de 40 ans. Et le constat que j’en retire, n’est pas des plus réjouissants.
Au même titre que la musique, le paysage audio-visuel, l’ameublement, et un certain nombre d’autres domaines (qui ne me viennent pas à l’esprit sur le moment, mais dont je suis certain que le vôtre, bien plus affuté, n’aura aucun mal à penser…) la diversité, l’originalité, la qualité de la mode n’a cessé de baisser depuis des années. Bien sûr les raisons en sont avant tout économiques. Conserver, voir dans la plus part des cas, augmenter ses marges. C’est l’unique mot d’ordre qui guide cette industrie comme beaucoup d’autre. Dans les années 70 ce fut l’emploi massif de population émigrée pour le montage, Turc, pakistanaise. Puis dans les années 80 la main d’œuvre asiatique. Enfin vinrent les années 2000 avec une toute autre mode. Celle de la délocalisation. Personne dans notre pays n’accepterait de travailler pour 1 ou deux euros de l’heure. Penser qu’un tee-shirt ou un pantalon à 15 euros, qui a traversé la moitié du globe, puisse rémunérer : un styliste, un atelier de coupe et de montage, les transporteurs, les commerciaux, les vendeuses et l’état. Tout en laissant une marge au fabricant. A moins d’en vendre des milliers. Par exemple au Bangladesh, en 2010, il fallait encore 32 heures de travail quotidien pour atteindre le salaire minimum de 1662 takka (environ 20 euros).

Et c’est bien là que le bât blesse (le haut aussi d’ailleurs). Au-delà de l’exploitation humaine qui si elle est loin d’être négligeable, Les gens en vue, et autre vedettes, ont beau jeu de prêter leur image pour telle ou telle cause humanitaire, d’adopter des enfants dans des pays accablés par la misère, de se produire sur des scènes des concert au profit d’association caritative, tout en acceptant de servir d’icone ou de support à une presse qui n’a d’autre but que de persuader les future consommatrices (et …mateurs) qu’il est impensable qu’elle ne puisse pas exhiber la paire de chaussure, les lunettes ou le sac à main de son idole du moment.
Pourtant comment imaginer se voir proposer de l’originalité dans ce contexte. Avec un peu de recul, n’importe qui peut se rendre compte de l’uniformité des vitrines, des rayonnages de vêtement proposés quelle que soit les marques. Les mêmes couleurs, les mêmes formes, rien de particulier, qui se dégage, et que dire des rue de Paris, quand on la compare dans ce domaine à Londres ou New-York. Dure pour la capitale de la mode.
Si cet état se généralise dans le prêt à porter d’entrée de gamme. Il n’épargne pas les marques plus prestigieuses. Il n’y a plus que dans le luxe qu’on trouve encore ce qui peut rendre fier ceux qui ont participé à l’élaboration des collections. Ou comme le disait la grande Mademoiselle : «  pas une mode, un style ». Car tout est là. Se ruiner, pour ce qui veut être mais n’est pas. Passer à côté de tant de chose, pour une image qui se veut innovante, mais n’est que le pâle reflet d’un art tellement ancré dans nos société. 
Avoir un Look de stars. C’est d’abord oublier que les « peoples » ne payent pas leur vêtements ou très peu, et sont souvent sollicitées pour vous donner envie de les imiter donc les acheter. 
Une passion ne se commande pas. Elle peut devenir dévorante. Elle ne doit pas pour autant faire oublier l’authenticité, la création, voir même ce petit plus qui fait toute la différence. Et quitte à se vêtir pour le plaisir, un peu d’élégance ne nuirait pas.
La mode moderne a eu ses révolutions, l’abandon du corset, la minijupe, le renouveau de la lingerie, Mais que reste-t-il aujourd’hui de tout cet héritage ? 
Soyez fashion, mais pas victime…surtout de cette mode-là. Pour vous en convaincre, Je ne peux me priver du plaisir d’emprunter à Monsieur Pierre Desproges, une de ces plus belles tirades de circonstance:
« Est-il Dieu possible, en pleine mouvance des droits de la femme, que des bougresses se plient encore aux ordres fascisants d’une espèce de Ubu prostatique de la mode, qui au lieu de crever de honte dans son anachronisme, continue de leur imposer le carcan chiffonneux de ses fantasmes étriqués, et cela, jusqu’au fin fond populaire de nos plus mornes Prisunic ?
Je t’en prie, ma femme, ma sœur, mon amour, mets ton jean, ou reste nue, mais ne marche pas dans la mode, ça porte malheur. »

J’aurais envie d’ajouter que demain on pourrait vous suggérer de vous recouvrir d’un voile…

 Mais ça c’est une autre histoire.