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Démocrasseuse et raie publique

Les méchants français… nous voudrions stigmatiser les riches! C’est assez drolatique, que ce soit les mêmes qui n’hésites pas à dire qu’il faut faire confiance au peuple. Qui, lorsqu’ils réclament nos voix, répètent que le peuple saura faire la différence et que les français ne sont pas idiots.  Les mêmes pour qui la voix des urnes est la seule sanction valable. Et enfin qui la main sur le cœur s’exclament « Vox Populi, Vox Dei  » (La voix du peuple est la voix de Dieu). Vive Démocrasseuse et raie publique.

Ces représentants nationaux, ainsi que ceux qui souhaitent le devenir, ne semblent pas vouloir tenir compte du sentiment de défiance légitime, qu’ils nous inspirent depuis des décennies.
Les résolutions décidées par le gouvernement, pour « moraliser  » la vie politique, ne seraient qu’une stigmatisation des possédants. Multiplier les contrôles des dépenses de l’argent publique ne serait qu’une façon de présumer du manque d’intégrité de la classe politique. La majorité de celle-ci serait profondément honnête.
Je ne peux m’empêcher de faire un parallèle avec le traitement que réservent les grandes surfaces à leurs clients. C’est-à-dire, à vous, à moi. Pour prévenir les pertes engendrées par ce qu’on appelle pudiquement les « démarques inconnues ». Ces vols seraient imputables à 40% aux clients, 30% aux employés, 10% aux fournisseurs et 20% à des erreurs de gestion. Chaque foyer français dépensera 200€ par an pour payer les vols. N’est-ce pas un cas flagrant de stigmatisation. Ne sommes-nous pas aléatoirement surveillés, contrôlés, pour d’hypothétiques larcins que nous paierons de toute façon.
Ne soyons pas angéliques jusqu’à la naïveté.
Demander à nos élus de voter des lois qui limiteraient leur liberté dans l’utilisation des deniers publics, reviendrait, comme je l’ai entendu sur France inter, à « demander à un poulet ce qu’il pense des nuggets« .
L’enrichissement d’une personne ou d’une société se fait toujours, peu ou prou au détriment, d’une autre, d’un groupe, ou d’un pays, quand il ne s’agit pas de la nature, elle-même (avec un N majuscule). C’est ainsi que ça fonctionne depuis l’avènement des échanges commerciaux ou de la propriété. Il en va souvent, hélas aussi, alors que l’enrichissement n’est pas l’objectif de départ. Prenez l’exemple  de l’ouvrier américain, qui pour s’assurer une retraite bien méritée n’a d’autre choix que de cotiser à un fond de pension privé. Dans le pire des cas, le fonds fait faillite (ENRON) et le cotisant perd tout. Dans le meilleur, le fond en question investira les millions de dollars de cotisation dans des prêts spéculatifs, que les entreprises, souvent européennes, contracteront et devront, pour rembourser les taux si élevés, n’avoir d’autre choix que de diminuer les dividendes versés aux actionnaires, ou réduire la main d’œuvre tout en conservant, voir en augmentant, la production. Devinez quelle solution est la plus souvent choisie? L’ouvrier outre-Atlantique n’est en rien coupable de sa démarche. Pourtant, aussi innocente soit-elle, elle participe à l’injustice d’un système.
Enfin faut-il s’entendre sur ce qu’on appelle « les riches ». Je doute fortement que mes compatriotes mettent dans le même panier, l’ensemble des « possédants ».
Quant à la classe politique: Prenons nos voisins du nord. Les politiciens suédois n’ont pas d’intérêt financier à être élu, puisque les gens peuvent vérifier les dépenses faites avec l’argent du contribuable. Les ministres ont l’obligation de publier leurs frais de déplacement sur internet, à disposition du peuple.

Quand il y a une plainte, on l’instruit, et s’il y a un doute, le représentant politique ne reste pas 5 minutes en place. On l’a vu avec l’affaire « Toblerone »:
Une ancienne ministre avait démissionné pour avoir utilisé la carte de crédit du ministère pour des achats personnels. En Suède, justement, une émission de télévision s’est attaquée aux Indemnités représentatives de frais de mandat (IRFM) que touchent, en plus de leur rémunération, députés et sénateurs français (respectivement 5 884,91 euros et 6 209,13 euros par mois). Aucun contrôle n’est opéré sur l’utilisation de ces fonds. Selon un politologue suédois, « c’est une pratique digne d’une république bananière ».
Aucun député français n’a eu le courage de déposer le projet de proposition de loi pour un contrôle des IRFM. Ce qui nous donne pour 577 députés, salaires et autre IRFM et autre crédit à la rémunération des collaborateurs, un total de : 696 730 260 euros NET pour l’ensemble des 577 députés durant 5 années. Sans compter les droits aux retraites.

C’est le prix de la démocratie ? Soit, mais pas aveuglément. (http://francaisdefrance.wordpress.com/2011/04/03/les-pratiques-opaques-des-elus-francais-scandalisent-les-suedois/)

Le pays de l’argent roi, les USA, se sont dotés d’un arsenal bien plus important et bien plus contraignant, envers les ministres et autres conseillés, pour s’assurer de leur probité. On ne peut pourtant décemment pas les accuser de stigmatiser les riches.
L’éloignement des réalités quotidiennes des français est un risque souvent opposé à nos représentants nationaux. La pratique des fonctions locales, celle de maire en particulier, habitue à gérer, dans l’intérêt général, pour tous les citoyens, et pas simplement pour les électeurs de son parti. L’exception française du cumul des mandats est donc un contrepoids à l’exception française du cumul des pouvoirs, de la concentration extrême de ces pouvoirs entre les mains du président de la République. Elle contribue – imparfaitement certes – mais sûrement à l’équilibre. Une limitation du nombre de  mandats et une obligation de retour à la société civile entre x période de mandature. Ça aurait me semble-t-il l’avantage du renouvellement de la « vie publique » et davantage d’ancrage pour nos élus dans la vie civile.
Un pouvoir qui n’applique pas ce que désire la majorité des français. Une opposition qui a perdu le pouvoir pour ne pas l’avoir fait, et qui se cantonne dans la critique et les déchirements internes. Et on voudrait que les français soient moins défaitistes?

Mais ça c’est une autre histoire…